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Déçu

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Envoyé à la liste MozFr en réponse à l'annonce d'un débat public sur la Loi Renseignement.

 

Déçu.

C'est en un mot mon point de vue sur le débat d'hier soir.

Je ne blâme pas les intervenants, bien au contraire. Leur diversité et leurs différents points de vue sur la question étaient intéressants et éclairants.

Non, c'est plutôt contre tout le public que je tiens à m'exprimer. Il a fait preuve à de nombreuses reprises, à mon avis, d'un manque certain de respect envers les intervenants. Alors même que le débat n'était censé avoir lieu qu'entre les intervenants, qui avaient certainement préparé leur plaidoyers et qui avaient été choisis de sorte à établir un certain équilibre entre les points de vue, on a pu entendre d'abord les sarcasmes intentionnellement non dissimulés, et ensuite les interventions inopinées d'un public venu dans l'unique optique de mobiliser tout le monde contre cette loi et non d'en comprendre les arguments en sa faveur. Car il y en a, m'a-t-il semblé.

C'est ainsi que les intervenants se sont vus confisquer la parole, ne s'autorisant pas à gueuler plus forts que certains membres du public ayant abandonné toute forme de respect envers eux et plus généralement toute personne ayant un avis différent.

Le public n'a pas écouté, ou du moins pas entendu la présence d'arguments intéressants, comme le fait que cette loi, à côté des éléments de surveillance qu'elle légalise, permet une réelle clarification de l'organisation des services de renseignements, et s'est efforcé de cantonner le débat aux boîtes noires et à d'autres points purement techniques qui, bien que catastrophiques pour les libertés individuelles, ne sont pas les seuls points intéressants du débat.

Ce débat était une occasion de découvrir toutes les facettes de cette loi, les raisons qui y ont poussé, les revendications du syndicat de la magistrature qui s'y oppose pour des raisons extrêmements différentes des raisons techniques entendues par le public, le retour concret et pragmatique de la façon d'agir de la DST et la génèse de cette loi. C'était une occasion de se défaire de la bulle idéologique dans laquelle gravite certainement une large partie du public et qui aurait dû chercher à découvrir autre chose que les points noirs ayant fait le tour des articles qu'ils lisent et qui proviennent de la même bulle.

Il a manqué une volonté de comprendre le point de vue des différents intervenants qui s'est soldée par un manque de respect honteux à l'égard de gens ayant passé du temps à réfléchir au problème qui est loin d'être aussi simple et binaire que certains le pensent.

Et enfin, je pense que ces débordements n'auraient pas pu avoir lieu si le public n'avait pas bénéficié de la complicité déplacée d'une modératrice complètement partiale et se moquant parfois presque des intervenants, n'hésitant pas à les couper sans vergogne et abusant du peu de pouvoir que son rôle lui conférait pour prendre des décisions autoritaire sur le ton de qui découvre qu'il a cette possibilité.

J'ai donc éprouvé une certaine honte vis à vis des intervenants. Honte d'appartenir à un public aussi peu diversifié et aussi peu enclin à s'intéresser à une quelconque diversité.

En espérant ne pas être le seul à avoir vécu ce débat d'une telle façon,
Élie Michel